Quand on est salarié, les charges sociales et l'impôt sur le revenu sont prélevés chaque mois, directement sur la fiche de paie. En freelance, c'est à vous de tout prévoir. Et c'est là que beaucoup se font piéger : l'argent qui arrive sur votre compte n'est pas entièrement le vôtre.
Ce que vous devez provisionner
Votre chiffre d'affaires encaissé doit couvrir plusieurs postes de dépenses obligatoires. Voici le détail selon votre statut.
En micro-entreprise (auto-entrepreneur)
Le régime micro-entreprise a l'avantage de la simplicité : les cotisations sont calculées en pourcentage du CA encaissé.
| Poste | Taux (prestations de services BNC) |
|---|---|
| Cotisations sociales URSSAF | 21,1 % du CA |
| Contribution à la formation professionnelle | 0,2 % du CA |
| Impôt sur le revenu (versement libératoire) | 2,2 % du CA (si éligible) |
| Impôt sur le revenu (barème progressif) | Variable (abattement de 34 % sur le CA) |
| CFE (cotisation foncière des entreprises) | 200 € à 2 000 €/an selon la commune |
En micro-entreprise BNC, provisionnez environ 25 % de votre CA si vous optez pour le versement libératoire, ou 30 à 35 % si vous êtes au barème progressif (selon votre tranche d'imposition).
En SASU ou EURL
En société, les charges sont plus élevées mais offrent une meilleure protection sociale :
- SASU : environ 75 à 80 % de charges sur le salaire brut (patronales + salariales). Pour vous verser 3 000 € net, l'entreprise décaisse environ 5 400 €.
- EURL à l'IS : environ 45 % de charges sociales TNS sur la rémunération du gérant. Plus avantageux en charges, mais protection sociale moindre.
- Impôt sur les sociétés : 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà.
En société, provisionnez environ 50 % du CA facturé pour couvrir salaire + charges + IS.
La méthode des 3 comptes
C'est la méthode la plus efficace et la plus simple pour ne jamais être pris au dépourvu. Elle consiste à utiliser trois comptes bancaires distincts :
- Compte courant professionnel : c'est là que vos clients vous paient. Dès qu'un paiement arrive, vous répartissez immédiatement l'argent entre les deux autres comptes.
- Compte « provisions fiscales » : vous y virez immédiatement le pourcentage correspondant à vos charges (25 % à 50 % selon votre statut). Cet argent ne vous appartient pas : il est réservé à l'URSSAF, aux impôts et à la CFE.
- Compte « épargne de précaution » : vous y virez 10 % supplémentaires pour constituer un matelas de sécurité. Objectif : avoir au moins 3 mois de charges courantes en réserve.
Ce qui reste sur le compte courant après ces deux virements est votre rémunération nette disponible. C'est cet argent — et uniquement celui-ci — que vous pouvez utiliser pour vivre.
Exemple concret
Prenons l'exemple de Camille, développeuse freelance en micro-entreprise, qui facture 5 000 €/mois en prestations de services (BNC) :
| Poste | Montant/mois |
|---|---|
| CA encaissé | 5 000 € |
| Cotisations URSSAF (21,1 %) | - 1 055 € |
| Formation professionnelle (0,2 %) | - 10 € |
| Versement libératoire IR (2,2 %) | - 110 € |
| CFE (estimée) | - 60 € |
| Mutuelle + RC Pro + outils | - 150 € |
| Disponible net | 3 615 € |
Camille met donc de côté 1 235 € chaque mois (environ 25 % de son CA) sur son compte de provisions fiscales, plus 500 € en épargne de précaution. Il lui reste 3 265 € pour vivre.
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Essayer gratuitementLe calendrier des échéances
En micro-entreprise, les cotisations URSSAF sont à déclarer et payer chaque mois ou chaque trimestre (au choix lors de la création) :
- Mensuel : déclaration avant le dernier jour du mois suivant (CA de janvier déclaré avant fin février)
- Trimestriel : déclaration les 30 avril, 31 juillet, 31 octobre et 31 janvier pour le trimestre écoulé
La CFE est à payer en décembre de chaque année (un acompte de 50 % peut être demandé en juin si le montant dépasse 3 000 €).
L'impôt sur le revenu est prélevé à la source chaque mois par virement (acomptes contemporains) si vous n'avez pas opté pour le versement libératoire. Le taux est ajusté chaque septembre en fonction de votre dernière déclaration.
Les erreurs à éviter
- Attendre la fin de l'année : c'est la recette du désastre. Si vous n'avez rien mis de côté, la note peut être très lourde.
- Confondre CA et revenu : votre CA n'est pas votre salaire. Ne basez jamais votre train de vie sur votre CA brut.
- Oublier la CFE : elle arrive en décembre et peut surprendre (surtout les 2e et 3e années, après l'exonération de la 1re année).
- Ne pas ajuster les provisions : si votre CA augmente, augmentez proportionnellement vos provisions. Revoyez vos taux chaque trimestre.
En résumé
- Provisionnez 25-35 % de votre CA en micro, 50 % en société
- Utilisez la méthode des 3 comptes (courant, provisions, épargne)
- Virez vos provisions dès réception de chaque paiement client
- Gardez 3 mois de charges courantes en réserve
- Revoyez vos taux de provision chaque trimestre